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Mercredi 9 avril 2008
Jolie coeur,

Maman t'a déjà parlé de ton oncle, mon frère Hervé ; cela fait bizarre t'écrire cela car tu ne le verras jamais, mis à part en photo, et pourtant, ce sera ton tonton. Hier soir, nous avons beaucoup parlé de lui avec ta grand-mère et ton grand-père.
En effet, il y a une association à Laurenan qui s'appelle "Laur 'Art" qui organise des conférences sur des thèmes différents avec des intervenants, dont c'est la spécialité.

Donc, hier, je suis allée à une conférence intitulée "comment vivre après la mort d'un enfant ?" dont l'intervenant était Michel Hanus, Docteur en psychologie du deuil et plus particulièrement du deuil de l'enfant...

Cette conférence a réuni plus de 400 personnes dans la salle...pour une petite commune de 300 habitants, je trouve cela pas mal.

Alors, quoi te dire, Jolie coeur ?

Et bien, que moi et tata Séverine ne pouvons rien pour soulager nos parents dans leur douleur, leur peine suite à la mort d'Hervé ; que la douleur des enfants nés avant la mort n'était pas reconnue par l'entourage, et encore moins par le monde médical ; Sais tu par exemple qu'un médecin, il y a encore très peu de temps, n'était pas formé à la mort et au processus de deuil ?
Or, un choc d'une tel violence pour les parents, frères et soeurs ont des conséquences physiques et psychiques prouvées par de nombres études :
- des maladies se déclarent ; ta mamy a été opérée plusieurs fois et ta maman aussi...
- des comportements excessifs, comme une course dans le travail, là je reconnais bien mes parents...
- des états dépressives...une fuite vers l'alcool et autres...

Et puis, il a parlé de l'enfant de remplacement ; et là, grand silence dans la salle...en effet, toutes les personnes qui sont passées par là, se reconnaissent dans les propos du Dr.
Cet enfant qui arrive rapidement après le décès, va vivre avec un poids...lourd à assumer et si, les parents ne se rendent pas compte que cet enfant a sa personnalité propre, sa vie à lui, et bien, cet enfant ne peut pas vivre : soit il "tourne mal car il n'est pas digne de celui qu'il remplace, soit il fait tout pour être pareil et un jour, il ne pourra plus assumer ce fait, et souvent tente de se suicider ou se suicide, soit il met de la DISTANCE avec ses parents car c'est sa survie qui en dépend. 
Une maman est intervenue en disant qu'elle avait eu deux enfants après la mort de son aînée et que les deux s'étaient installés loin d'elle, l'un au Canada et l'autre en Australie ; qu'à l'écoute des propos de ce médecin, elle réalisait que son inconscient avait tout fait pour qu'ils soient des enfants de remplacement, bien qu'elle pensait qu'elle ne les avait pas attendus comme tel.
J'en ai beaucoup parlé avec ta mamy et ton papy ce midi. C'est dur de l'admettre mais pour ta tata, c'est ce qui s'est passé : elle, elle l'appelle cela le bébé bonheur, lui appelle ces enfants, les enfants de remplacement.
Deux termes pour dire la même : les parents ressentent une telle douleur qu'ils ne peuvent continuer à vivre que par la venue d'un autre enfant qui, inévitablement va "occuper" la place "vide" engendrée par le décès, quand bien même, cet enfant était "prévu" dans la famille...par exemple, "nous voulions 3 ou 4 enfants en nous mariant..." 
Pourquoi je change les mots car maman, mais aussi d'autres parents ont dit : il ou elle n'a pas remplacé(e) celui ou celle qui a quitté ce monde à jamais ; c'est vrai, mais il occupe cette place dans le quotidien ; et c'est en cela qu'il est l'enfant de remplacement...

Alors quoi faire pour aller mieux, dans sa tête, dans sa vie, dans cette relation avec cet enfant venue après ?
Pour lui, il faut se faire accompagner :
Dans un premier temps, aller voir des associations qui ont pour objet l'écoute des parents et familles en deuil d'un enfant...
Ensuite, si cela est nécessaire, aller se faire aider par un professionnel...dont c'est la spécialité

Papy et mamy ne sont pas contre d'aller vers cette association à Rennes "Vivre son deuil"  ; même si souvent, nous avons parlé avec maman de se faire accompagner, chose qu'elle a tenté de faire, j'ai mieux compris pourquoi, ce praticien lui a répondu qu'il n'y avait rien à faire : peu de psychiatre, psychologue, et autres... sont formés au deuil de l'enfant et encore moins le médecin de famille ; c'est lui qui a recommandé ce psychiatre pour mes parents. Maman était soulagé de voir qu'elle avait été mal "aiguillée".
Papy n'est pas venu à cette conférence car la douleur, il ne l'a jamais exprimé devant nous. Mais quand nous avons parlé de cet homme de 60 ans qui disait qu'il avait pris conscience que son mal-être venait du fait que ses parents l'avaient eu 18 mois après la mort de sa soeur et qu'inconsciemment, pour eux, il était un enfant de remplacement ; Papy a dit que ce serait bien de pouvoir parler avec d'autres parents de la mort de son enfant.

Je ne sais pas si un jour, ton papy et ta mamy iront mieux, arrêteront de culpabiliser, admettrons que ta tata Séverine est un "enfant de remplacement" mais en tous cas, ils avancent certes à un rythme qui peut paraître long mais ils avancent...

Quant à moi, je réalise maintenant qu'à l'époque de la mort d'Hervé, rien n'était fait pour aider les familles, que mes parents se sont retrouvés seuls face à leur douleur et qu'ils ont fait ce qu'ils ont pu...même si cela a engendré des drames...
Néanmoins, comment leur en vouloir....
Cette conférence m'a aussi ouvert les yeux sur beaucoup de points car, à chaque thème évoqué par ce Dr, ma maman murmurait "oh oui", clignait de la tête comme si elle se revoyait vivre ces pires moments... 
En sortant, elle m'a dit : "merci de m'avoir emmenée à cette réunion car quelque fois, j'ai cru devenir dingue et en fait, c'est comme cela que j'ai pu m'en sortir"...Ceci en laissant couler des larmes....

A toi Hervé, je voudrais dire (si seulement c'était possible) que c'est normal que je t'en veuille d'être parti car c'est la seule possibilité pour le frère ou la soeur né(e) avant le décès, d'exprimer en étant enfant cette douleur...Que lorsque je te parlais tout haut, je n'étais pas folle mais que l'enfant re-crée un monde imaginaire pour survivre face au deuil. Bref, je suis normale, c'est tellement mieux de l'entendre dire de la part d'un homme dont c'est la spécialité...

Voilà, merci à vous d'avoir lu ce post...qui peut vous paraître tristre mais qui ne l'est pas, car nous avançons avec mes parents et je ne doute pas qu'un jour, ils iront mieux, et donc nous aussi...

J'ai longtemps hésité mais je vous mets une photo de mon frère, que nous n'oublirons jamais...Il est décédé un an après cette photo prise en juin 1976.

Bon rigolez pas, c'est moi la petite fille, j'avais 4 ans et lui 6 ans...



par Myriam publié dans : La famille de maman
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