Jolie coeur,
Quand on parle de l'adoption, souvent, le terme employé est "parcours du combattant". A l'APAEC, ils ont décidé de lancer "un concours" afin de trouver un autre terme, qui serait plus approprié
au chemin qui mène vers toi.
Aujourd'hui, j'ai reçu la lettre trimestrielle de l'APAEC ou est publié le résultat ; et voici le texte qui a été retenu ; pour ma part, il correspond bien à ce chemin :
Je le recopie pour ceux qui n'aurait pas cette lettre, en caractères noir, et en bleu, je fais mes commentaires.
"Alors moi, qui ne suis pas du tout "rapide" (marathon inimaginable), encore moins nageuse, mais qui adore la marche, je pourrais comparer cela à une randonnée (pas mortelle du tout !), en
moyenne montagne de préférence mais pas aussi dure que le GR20 (un rêve !).
ça grimpe progressivement. D'abord, on scrute la carte, on imagine le sommet, on voit si on s'en croit capable et puis on se dit que "oui" c'est faisable, mais il faut bien se préparer.
Première étape : l'agrément. Déjà, on croise d'autres randonneurs, certains sur-équipés avec les chaussures montantes, les sacs à dos, bref, tout l'équipement. Ils semblent bien informés.
D'autres en baskets, comme nous, un peu fous, d'autres enfin en tongs qui semblent à côté de la plaque, du moins nous semble-t-il, mais néanmoins très motivés.
Première étape franchie, sans trop d'encombres".
C'est vrai que, pour nous, c'était pareil ; nous sommes allés au premier entretien, en nous préparant un peu mais pas en connaissant tout de l'adoption loin de là.
Nous avons aussi assisté à des réunions EFA pour les postulants, et rencontrés des couples ou nous nous sommes dit : mais c'est pas possible, de pouvoir penser cela. Donc oui, Jolie coeur, papa
et maman ont aussi rencontrés, pendant cette période des personnes super équipés, des personnes en tongs et nous, nous étions en baskets. Pour nous, l'agrément a été obtenu le 17 octobre
2005.
"Deuxième étape : On regarde à nouveau la carte. Quel chemin choisir ?
Il y en a plusieurs...et pas moyen de suivre les autres randonneurs.
Les mecs en tong ont, soit laissé tomber, soit ont acheté des baskets plus performantes, soit ont acheté direct des actions du "vieux campeur", et on ne les reconnait plus. Quand à suivre nos
supers randonneurs du début, ils prennent tous un chemin différent.
Et puis, il y a ces deux ou trois couples, avec qui, on a partagé un sandwich sur le bord du chemin, qui nous ont refilé quelques tuyaux sur la route qu'ils ont choisie. Y'en a même un qui
en est à son deuxième parcours. Alors pourquoi pas ?
Allez, on franchit l'étape, le dossier est constitué et finalement, on est monté plus vite que prévu. Ce n'était pas si difficile. Juste un peu d'organisation, ne pas s'énerver (euh...joker !) et
surtout ne pas engueuler "l'homme" qui normalementest censé avoir un sens de l'orientation plus aiguisé que le mien mais qui, pour une fois, ne sait plus lire une carte (légalisée, apostillée,
mariannisée, certifiée, ect...) Et là, la certitude qu'on a pris le bon chemin, le nôtre, le bonheur ! Il faut tenir bon la carte, jusqu'au bout, ne pas dévier du chemin, ne pas se perdre...
Alors jolie coeur, cette période a été pour nous très, comment te dire, au début, perdus : chouette, on a l'agrément, oui et alors, on fait comment
maintenant.....Bennnnnnnnnnnnnn ! sait pas moi !!!!!!!!
Alors papa et moi ont décidé de partir à ta rencontre par des Organismes Autorisés pour l'Adoption.
Et voilà que ta maman se pose la question : Faut-il écrire cette lettre à l'ordi, manuscrite ; sauf que dans notre département , il y a 18 OAA habilités ; bon, c'est maman qui écrit mais papa qui
montre le chemin ; ben, oui le sens de l'orientation et maman, c'est pas compatible ! Donc, ce sera des lettres de motivation écrites à l'ordinateur ; oui, mais tu viendras 'où ? C'est une bonne
question car papa et maman n'ont pas de préférence ; alors, le destin va décider pour nous : Quoique ?
Nous sommes allés à des réunions, puis des entretiens, mais aucune réponse définitive ne venait ; alors, on se dit ; bon c'est pas tout ça, mais le sommet, il n'est encore là ; il faut
se décider.
Et là mamy Jeanine rencontre sa tante et l'un de ces petits-fils. Il va adopter en Colombie et il est sur une liste d'attente ; il a fait une démarche individuelle ; tiens donc ! c'est quoi ce
truc ! Nous nous rencontrons un dimanche chez tes grands-parents et c'est décidé ; on continuera de marcher vers toi via une démarche en individuelle en Colombie. Le ciel s'éclaircit car nous
savons maintenant que tu viendrais d'Amérique Latine. Tiens cela me rappelle une anecdote avec la psy : lorsque ton papa et moi avons rempli le premier dossier pour l'ASE, ils nous ont demandé
nos préférences concernant un continent : alors ta maman, un peu blonde sur ce coup là, a écrit : Europe, Asie.... dans ma tête ben tous quoi ?!? et bien pas pour elle, ton papa lui a fait
remarquer les 3 petits points qui voulaient dire la suite, comme quoi la ponctuation !?!
Alors, nous voilà, partis, pour la constitution du dossier : et là, papa et maman se sont un peu "engueulés" car papa se repose toujours sur maman pour tout ce qui est adminsitratif mais
bon...tout était prêt à partir à la MAI. Quand Médecins du Monde nous convoque à un entretien pour adopter, devine ou ? En Colombie...Sache Jolie Coeur, que papa et maman n'avaient
pas spécifié de choix quand à ton pays d'origine ; avec MDM, nous aurions pu partir en Chine, au Vietnam, en Russie, et eux, ils décident pour nous que ce sera la Colombie ; si c'est pas un
signe de la vie ça !
Nous voilà dans le train à Paris pour l'entretien, nouvelle angoisse et tout le tatoin car papa comme maman n'en mènent pas large. Et puis 2 mois se passent : pas de nouvelles ; maman décide de
les rappeler et là, gloups : je m'entends dire : mais Mme, nous attendons que vous nous confirmiez par écrit votre souhait de passer par un OAA ; quoi, je rêve c'est à nous de confirmer
; ce que je mets à faire dans l'heure ! Ils nous envoient donc les pièces nécessaires à la constitution du dossier de candidature à adresser à l'ICBF. Et là, la pression monte car notre
dossier en indviduel était "périmé" pour certaines dates ; de plus, les papiers demandés sont quelque peu différents ; donc rebelote ; attestation employeur, légalisation en mairie,
apostille....En plus, il y avait mon travail et un jour, je ne sais plus pourquoi, à si, papa m'annonce que son employeur ne veut pas refaire l'attestation ; en fait pour le premier dossier,
son chef d'équipe avait traité cela au niveau de son garage ; mais là, changement de chef, et celui-la refuse de signer quoi que ce soit, et la DRH ne veut rien signer ! Zen attitude, je prens
mon téléphone, ma plus belle voix, et demande à parler au DHR : je m'entends répondre : c'est pourquoiiiiiiiiiiiiiiiiiii ????????????????? et je lui réponds du tac au tac pour avoir un
enfant ; je ne sais pas ce qu'elle a du penser mais si tu vais vu la tête de ton père, cela valait une photo ; ben que voulez vous que je réponde si ce n'est pour avoir notre enfant. Et
là, j'ai une personne en ligne qui répond avec beaucoup de distance, et je me lance dans mon explication pour avoir cette attestation de salaire, légalisée en mairie. Et elle me répond
: "Ah, c'est pour cela, mais sans problème, je vous la fais tout de suite : 3 jours après, la lettre était dans notre boîte aux lettres.
Entre temps, maman a appelé mamy car elle a craqué et mamy n'a pas compris mais ta tata était là et elle m'a consolé ; bref, le dossier m'a UN PEU énervé !
Mais bon, il est posté le 23 août 2006, le jour de notre anniversaire de mariage, nous avions donc 2 évêments à fêter cette année là.
La réponse est arrivé 7 mois plus tard ; nous étions en liste d'attente-d'espoir" le 09 février 2007.
"Et arrive la troisième étape, la plus redoutée : on suit le chemin, ça monte, tiens ça redescend, un petit ruisseau, une cheville tordue, faut laisser les baskets
et prendre les pompes de marche, quelques larmes, une crise de fou rire... et ça passe, mais c'est long. Pauses barres chocolatées, histoire de reprendre un peu de force. On rencontre en chemin,
ceux qui descendent : "c'est super beau, là haut ! vous allez voir....une vue imprenable....oui, mais c'est où ?"
Et le portable sonne (parce que oui, nous vivons avec ce satané téléphone, même en randonnée) : "Alors, il est où le sommet ? Vous le voyez ? Non ?Mais vous traînez ma parole !....Merci machin,
je n'avais pas remarqué.
Cette étape, nous sommes en plein dedans ; "les pauses chocolatées", ce sont les enfants de nos amis, nos filleuls et nos nièces ; ils nous
permettent de regonfler nos batteries. Nous prenons notre dose de câlins et bisous. Nous aussi, nous connaissons des personnes, certains sont devenus nos amis, qui redescendent et ils
nous disent, c'est super et puis, il y a aussi d'autres, mais c'est "quand est ce qu'il ou elle arrive ? Je ne sais pas. C'est bizarre parce que moi, je connais quelqu'un qui a eu un enfant
plus rapidement !" et bien tant mieux pour lui ! mais dans cette situation, la meilleure façon de répondre aux imbéciles, c'est le silence ! sauf que des fois, j'ai envie
d'exploser et là, c'est le zenitude de papa qui arrive à me calmer.
Et puis, on sent l'arrivée toute proche. Bientôt ? Non pas encore. Et puis, alors qu'on a les yeux sur ces satanées pompes qui commencent à se fissurer,
qu'on ne regarde même plus les bouquetins qui nous entourent, qu'on ne répond plus aux SMS des copains, qui nous encouragent maintenant, le voilà, le sommet ! On le voit... On reçoit le coup de
fil magique !
Et là c'est l'euphorie. On retrouve son souffle. Se reposer ? Pourquoi ? Un p'tit coup à boire ? Tu m'étonnes ! Faut fêter ça ! Il est à quelques foulées. Quoi ? Il faut encore
ouvrir la carte ? Vérifier l'itinéraire ? (encore de la paperasse). Et on y est. Et c'est encore plus beau qu'on le croyait. Bon, quelques minutes sur ce sommet, on savoure....2700 mètres
tout de même pour le sommet. BOGOTA (quelques minutes qui se transforme en 6 semaines aussi ) et une petite marmotte, toute enveloppée de papier alu qui nous regarde avec ses grands yeux noirs en
amandes, sa peau couleur caramel...et on se transforme tout de suite là, en jolie vache Milka (bon, je m'égare!)
Il faut songer à la descente, tout aussi sportive que la montée pour ceux qui ont les genoux fragiles, mais cette descente est encore plus belle : on prends le temps de savourer les paysages, on
encourage ceux qui montent, on s'arrête pour discuter avec eux qui, comme nous, descendent. La solidarité des randonneurs...Finalement, cette randonnée se poursuit mais elle s'appelle la vie
: celle dont on a rêvé : les câlins, les bisous, les premiers anniversaires, l'inscription à l'école, les premières vacances...et une fois, notre marmotte un peu plus grande, nous prend
l'envie, la folie, de tenter un second sommet...plus haut (comprendre attente plus longue)...mais nous sommes des pros de la carte, la boussole n'a plus de secret pour nous....on s'est fait des
copains randonneurs, on savoure déjà le sommet et tous nos amis avec nous. Bon ce n'est plus l'IGN qui fait les cartes mais c'est pareil...juste quelques trucs dans la légende qui
changent.
Et le deuxième sommet est atteint....en plein été 2007. On se sent chez nous. Finalement, il ressemble comme deux gouttes d'eau au premier sommet. Normal 2700 mètres, encore Bogota, mais une
petite marmotte en papier alu rose et non plus bleu, c'est magique !
Nous sommes depuis redescendus dans notre plaine, il nous reste quelques formalités à accomplir (suivi de la seconde marmotte) et c'en est fini pour nous de la randonnée moyenne montagne.
On attaque le GR20 ! le vrai ! le grand ! le balèze, celui de la vie à 4, au complet comme on l'a longtemps rêvé. Aurons-nous les bonnes chaussures, assez de réserves de barres
chocolatées et d'eau ? Je ne sais pas. On verra bien, mais c'est notre plus belle randonnée qui s'ouvre devant nous et je pense qu'elle est bien plus difficile à mener que les deux précédentes,
nous ne sommes plus seuls, les marmottes vont grandir, il faut qu'elles restent près de nous pour ne pas tomber...Et puis un jour, elles pourront toutes seules lire une carte et décider du chemin
à choisir.
Une maman de l'APAEC
Cette dernière étape, ton papa et moi, en rêvons chaque jour ; nous ne pouvons l'écrire mais nous savons QU'UN JOUR se sera le nôtre, celui ou je te tiendrai
dans mes bras. Nous te tiendrons par la main pour regarder vers demain...sur ce chemin qui sera le tien...
C'était un peu long, mais j'en ai profité pour me rappeler certains moments vécus avec Gilles et beaucoup d'émotions remontent...voilà, c'est déjà
ton histoire Jolie Coeur.
Bon courage
bisous
Sév